Dictionerfs – Inédit – Palu

PALU, n.m Pathologie en pédagogie (étym. Contraction de la formule «pas lu»)

Un élève qui ne lit pas, c’est un élève touché par le palu.

Face à des collégiens qui ont le palu, tout professeur est plongé dans l’Éducation en zone tropicale. Le second degré est largement dépassé. Il fait très chaud et ça tourne au Farenheit 451. La férule est fébrile : on entend des moustiques voler.

Dans une classe où des élèves sont atteints du palu, la tension est palpable : la fièvre pèse, le professeur transpire, les élèves s’échauffent. Les élèves atteints de palu pataugent dans leur gangue : les pieds humides ça déconne sec. Ils ont arrêté de ramer depuis longtemps, ils se laissent gouverner par les images, les musiques et le clic-clic. Ils ne lisent pas et écrivent très mal, en pattes de moustiques. C’est le développement durable par le marais pédagogique : pauvreté de vocabulaire, misère de la syntaxe, rétrécissement des idées. Avec le palu, le film Entre les Murs se transforme en Entre les moustiques (et le palu en pavu ?)

Tout le monde devrait en appeler à l’OMS. Or, on en trouve pour oser dire que le livre est mort, que l’écriture cursive ne sert à rien… Intérêts industriels, financiers, innovation à outrance confinent à la bêtise. Les professeurs aimeraient que les tenants de tels discours adoptent ces élèves (oui, chez eux !), ces collégiens dont l’expression s’atrophie sous les effets de leur discours disculpant. Démagogie contre Pédagogie.

Un cours de français ne sert à rien si l’élève ne lit pas. Hélas, confronté à ceux qui ne lisent pas, le professeur est bien démuni. Il n’est ni curé, ni Pasteur. Il n’a pas de vaccin miracle.

À propos de ce palu pédagogique, des scientifiques parlent de culi-cide (du nom latin de la famille des moustiques, culicidae). C’est un mal scolaire suceur de sens, qui fait d’une langue maternelle une langue de communication. La métamorphose est cruelle. L’élève régresse d’«Un seul être vous manque» à «Passe-moi le sel».

Des élèves ont le palu et ceux qui ne voient pas où est le mal sont Deng ! Le palu menace la lecture en France et rappelle la mortalité des mots…

Des élèves ne lisent pas : il souffle un mauvais air, une malaria éducative. Pourtant, tout le monde n’est pas choqué ! «Il n’aime pas lire» est la pire des phrases que puisse entendre un professeur de français. Qui accepterait, sans émotion, qu’un enfant dise «je n’aime pas manger», «je n’aime pas vivre» ? Lire, c’est construire sa langue, sa pensée. Triste génération : palu à volonté et corvéable à merci.

Le seul remède connu à ce jour c’est la quarantaine. L’enfant a pris trente ans, il est devenu grand et on peut lire dans ses yeux À la recherche du temps perdu.

En dehors de ces inédits  Le Dictionerfs existe en livre et en librairies.

Dictionerfs (du collège commun et des colères universelles de l’Éducation (dite) nationale, de la mixité sociale et scolaire, des élèves, des parents et des profs), éditions La Ville Brûle, septembre 2012

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