Dictionerfs – Inédit – Dissection

DISSECTION,  TP d’SVT (Le savoir à la coupe)

À force d’entendre les professeurs leur demander d’être méticuleux, précautionneux, minutieux, scrupuleux, bref méthodique, les élèves se sont épris de dissection.
C’est vrai que, dès le primaire, ils ont sué sur des tables d’opération de la façon la plus archaïque qui soit : à coups d’ardoise, de stylos et de feuille de papier.
Facile donc de comprendre l’interrogation du petit 6ème qui débarque dans l’établissement : «Dis c’est qui qui dissèque ?».

Le cours de SVT fait de petits savants. Tous les élèves se bousculent. Ils veulent leur Dissect sur Vingt. Ils donneraient presque dix Sexions d’Assaut pour un tête à tête avec un être à disséquer. Rap vs Scalpel : 0-1. (Une victoire à l’extérieur plutôt rare)

Ils l’aiment leur petit cours de Bistouri-géographie, celui où même les moins matheux cherchent volontiers la dissectrice. Tous arrivent pile à l’heure et se dépècent de sortir leurs affaires. Ils sont tout contents de pouvoir réutiliser les épingles de la poupée vaudou qu’ils avaient commencée à la fin du premier trimestre en Arts Plastiques (et en secret dans les autres matières). Leur enthousiasme ne cesse jamais. Chaque midi, à la cantine, les élèves s’entraînent à disséquer : séparer la portion du cellophane, le pain du reste du repas, le connu de l’inconnu, le gras de la viande, le cheval du bœuf, les arêtes de la chair de la truite (sauf que souvent y’a pas d’arêtes…)

La dissection, c’est comme un fantasme scolaire qu’il faut assouvir dans ses années collège.

Bien sûr, ils dissèqueraient volontiers des terminaisons latines, mais la langue est morte et c’est pas marrant : il n’y a pas une goutte de sang (certains professeurs de latin essaient de rivaliser, par exemple avec la dissection de César aux Ides de Mars).

Des mauvaises langues professorales disent que les élèves sont excités de découvrir, dans le collège, quoi que ce soit de plus flasque, de plus apathique qu’eux.
Ce sont ces mêmes élèves, experts en poissons morts, en souris, en grenouilles, qui croisent leurs professeurs dans le hall du collège. Leur regard ne se contente pas de dévisager.  So cute ? So, cut ! Dr Dexter and Mr Hyde.

Les professeurs, parce qu’ils sont tirés à quatre épingles, sont transformés en objets de dissection. Pour les élèves, leur cœur et leurs terminaisons nerveuses sont autant d’horizons à explorer. « S’ils saignent, on peut les tuer… » Du maître dispensant le savoir ils sont passés à un être plein d’organes. Il se dit même ouvertement que les professeurs ont un appareil uro-génital : ils en ont vu sortir des toilettes.
Des élèves promettent : aucun professeur ne manquera au scalpel. La vivisection du corps enseignant n’attend pas. D’ailleurs les médias ressassent « Professeur, le corps d’un État disséqué » et les plateaux de télé se transforment en table à dissection.

L’État est nu et le prof disséqué.

Il n’y a plus que son âme qui n’a pas été disséquée.

En dehors de ces inédits  Le Dictionerfs existe en livre et en librairies (partout en France ; à Grenoble : à La Librairie du Square, à La Dérive, à La Fnac)

Dictionerfs (du collège commun et des colères universelles de l’Éducation (dite) nationale, de la mixité sociale et scolaire, des élèves, des parents et des profs), éditions La Ville Brûle, septembre 2012

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