Dictionerfs – Inédit – Nouvelle flambée de violence verbale

NOUVELLE FLAMBÉE DE VIOLENCE VERBALE, Une de journal (la casse du français)

L’insécurité linguistique a de nouveau fait rage en France

Un collège commun a été  le théâtre d’affrontements linguistiques. C’est toute la communauté éducative de cet établissement qui a été plongée dans une journée d’émeute verbale sans nom.

Le GIGN (Groupe d’Intervention du Groupe Nominal), appelé sur les lieux, n’a pu que constater l’abus de phrases non-verbales. Ce groupe, habitué à traiter ce genre de troubles, confirme que les jeunes n’utilisent plus de verbes d’action. Ils abandonnent les mots pour les gestes et se jettent dans une action irréfléchie et nocive à la communauté.
C’est peu avant la fermeture du collège, vers 17h, que les forces pédagogiques ont pu dresser un bilan du saccage linguistique qui avait eu lieu dans leur collège. Leur coordination, généreuse mais insuffisante, n’a pu que limiter les dégâts.

Quand on entre dans le bâtiment, le spectacle est consternant. Des classeurs, des cahiers, des copies témoignent d’une véritable vague d’insubordination. Dans ce collège, le rouge a coulé à flots et l’arme blanche a été une copie quadrillée. Ici, les jeunes ont rivalisé d’infractions linguistiques. Pire : même les feuilles sont devenues criminelles et ont commencé à voler ! Dans leur métier, les adultes en sont désormais à se plaindre d’un déferlement de propos homophones (mais/mes ; et/est).

Les récits témoignent des problèmes. Toute la journée, l’écrit a été terrible, assourdissant et il y a eu beaucoup de rédactions violentes. L’oral, lui, a donné lieu à des prises d’otage. Certains élèves ont mobilisé l’attention de leur professeur pendant plusieurs minutes avant de libérer le cours (les circonstances de la libération ne sont pas encore très claires). Sinon, partout, ce ne fut que syntaxe désarticulée, hurlement de monosyllabes et barbarismes gutturaux.
Le matériel n’a pas été épargné. Sur la foi de certains témoignages d’enseignants, nous pouvons même évoquer le sort de plusieurs livres. Ces derniers auraient subi d’atroces violences : désespérément fermés et malmenés au fond d’un sac en toile pendant des heures. Quelques uns ont pu être sauvés grâce aux secours qui les ont rapidement enveloppés d’une couverture de survie. Pour ce qui est des autres, on parle, avec pudeur, de culture écrasée.

C’est tôt le matin que les premiers signes inquiétants se manifestèrent. Bouche pâteuse, yeux mi-clos, devoirs non faits. Le borborygme flottait sur le collège. A l’écrit, la ponctuation devenait flottante et les noms propres perdaient leur majuscule. A l’oral, les mots étaient mangés et peu audibles. Lors de la récréation, plusieurs élèves, qui n’en sont pas restés aux mots, en sont venus aux mains. Un élève en a incendié un autre et tout le monde (leurs copines et copains) s’est enflammé. Les têtes brûlées ont alors été neutralisées, momentanément. Hélas, la cage d’escaliers a été le prétexte d’un mouvement de foule et d’une nouvelle flambée de violence verbale.
L’après-midi le passage à l’écrit a été difficile. Le verbe «être» et «faire» ont envahi les rédactions. Des jeunes à coup de mots passe-partout ont crocheté toutes leurs phrases. L’illisibilité a été aussi de mise.

La communauté éducative s’inquiète de la multiplication de ces actes de dégradation du français. Les adultes rappellent qu’il s’agit d’un Bien Public. Des fonctionerfs ajoutent que c’est un bien public qui appartient à autrui et pas au « Cochons ! » des cases du Socle.

Un sociolinguiste, spécialiste de la langue des jeunes, évoque, lui, la naissance d’un nouveau sens dans l’Éducation : le sens guttural. Il explique que l’humanité n’a jamais digéré la disparition des peintures rupestres et le dégraissage des mammouths. Le comportement des élèves, leur incivilité seraient une manifestation régressive. Il nous a précisé aussi que, dans ce contexte, le tweet, serait à la rédaction ce que la gifle est à la poignée de main.

La BAC (Bescherelle Action Citoyenne) a demandé l’ouverture d’une cellule psychologique pour des verbes mal conjugués (verbes voir et venir). Le responsable de la BAC tient à s’indigner publiquement du viol répété des règles de l’accord du participe passé et demande un renforcement des forces auxiliaires.

Depuis, les autorités administratives ont imposé, au collège, un couvre-feu sur le pluriel et le féminin.

Le Ministère, quant à lui, parle désormais de zone prioritaire de sécurité linguistique à cibler : ZPSL.

Les subjonctifs n’osent évidemment plus sortir.

En dehors de ces inédits  Le Dictionerfs existe en livre et en librairies (partout en France ; à Grenoble : à La Librairie du Square, à La Dérive, à La Fnac)

Dictionerfs (du collège commun et des colères universelles de l’Éducation (dite) nationale, de la mixité sociale et scolaire, des élèves, des parents et des profs), éditions La Ville Brûle, septembre 2012

Publicités
Cet article, publié dans Objectifs, est tagué , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s