Dictionerfs – Inédit – Barbare à treize ans

BARBARE À TREIZE ANS, drôle de Barbara Streisand  (Artiste du Service Public)

On le traite de barbare parce qu’il vit en périphérie du monde bien éduqué, parce qu’il parle mal : ba-ra-ba-ra.
Le barbare à treize ans se méfie de l’inconnu, du monde, du grand monde.
Il vit dans des zones scolaires que l’on dit incultes, à l’incroyable taux d’évitement. Des zones d’éducation dont il se dit pernicieusement qu’un jeune revient bredouille question emploi. Dans ces zones, il n’y aurait pas d’élèves à trophées, pas d’élèves primés, mais des élèves atrophiés, des élèves déprimés. Le barbare à treize ans, l’inachevé, a l’impression qu’on veut l’achever de la pire des façons : la zone-zone à perpétuité. Alors, le jeune esprit rêve d’évasion barbare.

Au fond, qu’est-ce qu’il pense de cette exclusion ?

Sa langue exprime sa pensée. C’est un élève de peu. Sa langue est borborygthmique : il frappe dans ses mains et onomatope !
Il a pris l’habitude du peu : à la cantine, c’est un mangeur de pain et en cours, il baratine.

Même s’il a la langue bien pendue, il ne connaît pas de langue morte : ni grec, ni latin. Ses étymologies à lui sont barbares. Il a déjà bien du mal avec le français : il multiplie les barbarismes et prend les consignes à contre-sens. À la télé, sur le net, la culture mainstream ne lui donne pas des masses de culture. Son théâtre classique c’est J’en Racine : la zone à perte de vue.

Comme il est dur de la feuille (cette fameuse copie qu’il a toujours du mal à remplir), n’importe qui pourrait faire de ce barbare à treize ans un Barbara Streisand. Et c’est d’ailleurs lui, le premier à semer le trouble lorsqu’il borborygme sa question :
«Yentl un pilote dans mon éducation ?»

La confusion rendrait sûrement fou cet artiste qui tousse en scène pendant que son monde se West Side storise. Elle, star is born et Memory ; lui, Guy Degrenne de violence.
Lui qui vit la massification, sans doute rêve-t-il d’un Nat King Collège qui amasse du smooth. (voir : https://collectiflessaules.wordpress.com/2013/02/08/dictionerfs-inedit-nat-king-college/)

Ce n’est évidemment pas de sa faute si la ghettoïsation s’acharne à inarticuler la mixité sociale, si l’opinion martèle l’insécurité des banlieues. Il laisserait bien sa part du ghetto. Son insécurité à lui elle est linguistique.

Il y en a toujours pour voir dans les borborygmes des barbares à treize ans l’empreinte de la grogne des fonctionerfs.

Mais c’est plutôt  le regard de l’autre qui fait le barbare.

La barbe fait le philosophe ? Il faudra attendre un peu, en ce qui les concerne. En revanche, sous la devise de l’Égalité des chances, c’est le barbare de la zone – flinguée in the zone – qui fait le philosophe de beaux-quartiers – fingers in the nose !

Plutôt que de laisser des enfants s’abêtir, reste un Service Public de qualité à bâtir.

En dehors de ces inédits  Le Dictionerfs existe en livre et en librairies (partout en France ; à Grenoble : à La Librairie du Square, à La Dérive, à La Fnac)

Dictionerfs (du collège commun et des colères universelles de l’Éducation (dite) nationale, de la mixité sociale et scolaire, des élèves, des parents et des profs), éditions La Ville Brûle, septembre 2012

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