Dictionerfs – Inédit – Confession d’un enfant du Socle (La)

CONFESSION D’UN ENFANT DU SOCLE (La), confession inspirée de celle d’Alfred de Musset (Les malheurs d’Alfred et de ses copains de classe)

« Le socle commun de connaissances et de compétences, inscrit dans la loi n°2005-380 du 23 avril 2005, est  le cadre de référence de la scolarité obligatoire. »

(Ce texte est un collage d’extraits de La Confession d’un enfant du siècle de Musset, 1836 ; tous les mots sont de Musset, seuls quelques majuscules ou signes de ponctuation ont été ajoutés)

(Dans une petite vallée d’une île déserte, sous un saule pleureur.)

Si j’étais seul malade, je n’en dirais rien ; mais comme il y en a beaucoup d’autres que moi qui souffrent du même mal, j’écris pour ceux-là, sans trop savoir s’ils y feront attention.

Pour écrire l’histoire de sa vie, il faut d’abord avoir vécu ; aussi n’est-ce pas la mienne que j’écris. Ainsi, ayant été atteint, dans la première fleur de la jeunesse, d’une maladie morale abominable, je raconte ce qui m’est arrivé pendant trois ans.

Élevés dans les collèges aux roulements de tambours, des milliers d’enfants se regardaient entre eux d’un œil sombre. Au milieu d’eux était une fille qui ne paraissait leur ressembler en rien, si ce n’est par la voix, qu’elle avait aussi enrouée et aussi cassée, que si elle avait été crieuse publique pendant soixante ans. Malgré sa bonté et les services qu’elle rendait, elle semblait laide, fatigante.
Un sentiment de malaise inexprimable commença donc à fermenter dans tous les cœurs jeunes, livrés aux cuistres de toute espèce, à l’oisiveté et à l’ennui.
Les rues des cités sont vides. Il me semble voir un enfant innocent que des brigands veulent égorger dans une forêt (1).

«Mon bon monsieur mais vous êtes le meilleur des hommes.» Il y avait eu entre nous un échange perpétuel de services depuis nombre d’années. Il ne manque pas dans le monde de gens pareils, qui prennent à cœur de vous rendre service. «Si on avait cent bras, on ne craindrait pas de les ouvrir dans le vide. Si je m’y suis laissé prendre, c’est sans le savoir et par simplicité.». Ayant trouvé une discipline de fer, je sortis de la salle en lui faisant un grand salut : «Quelle tâche vous entreprenez ! Il faut me laisser à ma destinée ; nous n’y pouvons rien, ni vous ni moi.» Je savais par cœur une grande quantité de choses, ayant une mémoire qui veut de l’exercice.

Les enfants sortirent des collèges, pâles comme la feuille du saule.
Une Seconde suivit. Je sortis brisé, n’y voyant plus et pouvant à peine me soutenir.
Alors s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse, la jeunesse de France qui oublie aussi facilement qu’elle apprend.

L’aurore d’un immense horizon, les premières clartés de l’avenir, je ne sais quoi de vague et de flottant. Ce fut comme une dénégation de toutes choses du ciel et de la terre, qu’on peut nommer désenchantement.

Cependant, il monta à la tribune aux harangues un homme qui tenait à la main un contrat. Ils disputaient sourdement sur des cartes dégoûtantes (2). Ceux qui ne lurent pas alors crurent n’en rien savoir. Pauvres créatures ! Et ils continuèrent ainsi, tantôt raillant, tantôt disputant, pendant nombre d’années, et, sous prétexte de bâtir, démolissant tout pierre à pierre. Ils répondaient : « Ce n’est pas nous ; ce sont ces bavards-là. »

Pardonnez-moi ! je ne suis qu’un enfant qui souffre. Mais en écrivant tout ceci, je ne puis m’empêcher de vous maudire. Parce que vous battez de l’aile, ne vous croyez pas un oiseau ! Formuler des idées générales, c’est changer le salpêtre en poudre.

Que ne chantiez-vous le parfum des fleurs, les voix de la nature, l’espérance et l’amour, la vigne et le soleil, l’azur et la beauté ? Vous pour qui la belle poésie était la soeur de la science, ne pouviez-vous mettre un peu de miel dans ces beaux vases que vous saviez faire ?

Qui osera jamais raconter ce qui se passait alors dans les collèges ?

Pleins d’une force désormais inutile, les enfants raidissaient leurs mains oisives et buvaient dans leur coupe stérile le breuvage empoisonné.
Les hommes doutaient de tout : les jeunes gens nièrent tout. Les jeunes gens sortirent des écoles avec le blasphème à la bouche. Des enfants de quinze ans, assis, tenaient par passe-temps des propos qui auraient fait frémir d’horreur. Il est doux de se croire malheureux, lorsqu’on n’est que vide et ennuyé.

Après tant de promesses, tant d’exaltation inutile, tant de projets et tant d’espérances, plus de vaines paroles dictées ! L’édifice social, irrité sans doute par quelque parleur importun, il s’agissait, messieurs les politiques, d’aller trouver les pauvres et de leur dire d’être en paix.

Cependant je crois encore à l’espérance.

J’étais résolu à tout essayer. Je repris d’anciennes études ; je me jetai dans l’histoire, dans les poètes antiques, dans l’anatomie. Il y avait un vieil Allemand fort instruit, qui vivait seul et retiré. Je le persuadai, non sans peine, de m’apprendre sa langue.
Dussé-je paraître puéril en ceci, l’arrivée de ces livres me frappa dans la circonstance où je me trouvais. Je les dévorai avec une amertume et une tristesse sans bornes, le cœur brisé et le sourire sur les lèvres. «Oui, vous avez raison, leur disais-je, vous seuls savez les secrets de la vie. Soyez mes amis ; posez sur la plaie de mon âme vos poisons corrosifs ; apprenez-moi à croire en vous.»

Projets de bonheur, vous êtes peut-être le seul bonheur véritable ici-bas !

(Les enfants relevèrent la tête et se souvinrent de leurs grands-pères, qui en avaient aussi parlé.)

(1) Allusion à la forêt des compétences et ses 7 piliers ; (2) Allusion à la carte scolaire

En dehors de ces inédits  Le Dictionerfs existe en livre et en librairies (partout en France ; à Grenoble : à La Librairie du Square, à La Dérive, à La Fnac)

Dictionerfs (du collège commun et des colères universelles de l’Éducation (dite) nationale, de la mixité sociale et scolaire, des élèves, des parents et des profs), éditions La Ville Brûle, septembre 2012

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2 commentaires pour Dictionerfs – Inédit – Confession d’un enfant du Socle (La)

  1. jacquesmaitret dit :

    Je ne reconnais pas comme sincère ni comme authentique votre procédé de « collage de fragments » qui permet d’orienter et de falsifier la vérité du texte original.
    Je me pique de connaître l’œuvre de Musset, ayant dû étudier d’assez près celle de George Sand. L’œuvre que vous citez est une sorte d’autofiction sur le thème développé de ses amours avec George. Celle-ci lui répondra d’ailleurs dans « Elle et Lui ». Il n’écrit en rien un traité sur les effets délétères des « collèges » sur les élèves.
    Le « collège » est un topos de la littérature du XIXe siècle. Cet établissement est à la charge des communes, Les élèves peuvent y entrer dès l’âge de six ans. Le personnel est incompétent ; s’y retrouvent tous les maîtres à latin pédants et cuistres. On y pratique surtout de façon répétitive la version grecque, latine, le thème latin, la récitation et le discours en latin. Le personnage le plus important est le préfet d’étude qui surveille les élèves sept heures par jour, après les trois ou quatre heures de cours.
    Toute ressemblance avec un établissement du XXIe siècle…

    • lessaules dit :

      Un modeste collage littéraire pour le collège, c’était juste pour ça, Musset.
      À noter que « le préfet des études » a été rétabli dans les établissements ÉCLAIR.

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