Dictionerfs – Inédits – Poissonnerie & Brel en orthographe

POISSONNERIE n.f (le poisson suit son cours)

La sonnerie de début de cours transforme parfois une classe en poissonnerie. Les élèves ont des yeux de merlans frits. Ils écarquillent leurs écailles mais leurs branchies ne sont pas connectées. L’égalité des chances finit en Poisse. C’est le rétablissement de la carpe scolaire.
Le professeur mouline, relance le fil de son cours. Mais ses questions se terminent en queue de poisson, en gueule de raie-ponse. Le cours est mort. Le permis de pêche est périmé. C’est comme plonger dans une piscine sans eau, c’est risqué.

Il faut être clair. On a mis les morts à table et la salle de cours est transformée en Père-La chaise. Certains croient encore aux urgences pédagogiques. La pêche s’annonce juste impossible. Dur moment de solitude où le professeur pense comme Richard Dreyfuss dans Les Dents de la mer : «On va avoir besoin d’un plus gros bateau». Rien n’y fait. L’heure est finie. Ça resonne et ça résonne 20 000 lieues sous la mer. Plus personne dans la classe. Le Capitaine Nemo de Jules Verne a été remplacé par le Nemo de Walt Disney. Les poissons bullent sur un banc à la récréation.

BREL EN ORTHOGRAPHE (unaddicted to dictées)

Sur ses lèvres on lit «Ne me note pas» ou «Quand on n’a qu’une moue à offrir en partage.» Quand vient la dictée, il est mal. Il n’aime pas son professeur. Pour lui, c’est un maître-chanteur qui profite de sa faiblesse orthographique pour gagner du temps en correction.

Quand la dictée commence il se sent perdu comme projeté dans le port d’Amsterdam, au milieu des rires et des drames des marins. Le texte lu par le professeur devient du hollandais ; sa note aura le relief d’un plat pays.
Sur la scène orthographique, il se rend malade. Face à l’immensité des règles de grammaire, il se sent micro.

Ah ! s’il avait fait un peu de latin comme sa cousine Rosa ! Bras-dessus, Brassens. Sans le latin, sans le latin, la dictée nous emmerde…sans parler du grec.

Ce chanteur de salle de classe ignore pourtant qui est son plus grand fan.

C’est celui qui dicte qui l’est.

Oui, le prof ! Il faut qu’il sache que c’est par respect pour lui, par admiration pour les progrès qu’il va faire, que le professeur lui demande une orthographe.
Même si son professeur ne fait pas la Une des journaux, même s’il n’y a qu’aucun flash qui crépite, l’élève devrait lui aussi être fan : «M’sieur, M’sieur, j’peux avoir une aurthographe

Le Dictionerfs existe en livre et en librairies : Dictionerfs (du collège commun et des colères universelles de l’Éducation (dite) nationale, de la mixité sociale et scolaire, des élèves, des parents et des profs), éditions La Ville Brûle, 2012

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